Culture
Flamenco, danse espagnole et sévillanes : quelles différences ?
Trois noms que les visiteurs emploient indifféremment, et qui désignent trois choses réellement distinctes. Voici comment les reconnaître.
Demandez à un visiteur ce qu'est le flamenco et il vous décrira une femme en robe à pois dans une feria. Ce sont les sévillanes. Demandez-lui ce qu'est la danse espagnole et il vous parlera du flamenco. Les trois sont apparentées, partagent des racines et s'empruntent constamment — mais ce ne sont pas les mêmes disciplines, et savoir laquelle on veut apprendre évite un trimestre de frustration.
À l'École de Danse Rocío Pozo de Telde, la question revient dans presque chaque première conversation. Voici la réponse la plus claire possible.
Le flamenco
Un art d'expression, pas de démonstration
Le flamenco est celui que l'on imagine et celui que l'on comprend le moins. Né en Andalousie d'un métissage rom, andalou, maure et juif, il n'a longtemps eu ni écoles ni académies : il s'apprenait en famille et dans les cours intérieures.
Techniquement il est très exigeant — les pieds employés comme percussion, un braceo qui naît du dos, une posture rigoureuse — mais la technique reste toujours au service du sentiment. Un flamenco techniquement parfait qui ne dit rien est un échec selon les critères du flamenco lui-même. C'est pourquoi il demande des années, et pourquoi elles en valent la peine.
Ses cycles rythmiques sont complexes : 12 temps pour la soleá, les alegrías et la bulería, 4 pour les tangos et les tientos, avec des accents asymétriques longs à intérioriser.
La danse classique espagnole
La sœur académique
La danse espagnole — l'escuela bolera et le répertoire stylisé — en est la branche académique et théâtrale. Apparue à la fin du XIXe siècle et consolidée au XXe, elle porte la matière flamenca au niveau de la grande danse de scène : technique de ballet dans les jambes, castagnettes jouées en concertiste, chorégraphies conçues pour un théâtre plutôt que pour une cour.
Si le flamenco est une langue parlée avec les tripes, la danse classique espagnole est cette langue écrite et mise en partition.
Les sévillanes
Un folklore, pas un palo flamenco
Voici la précision qui mérite le plus d'être faite : les sévillanes ne sont pas un palo flamenco au sens strict. C'est une danse folklorique régionale, descendante de l'ancienne seguidilla castillane, « flamenquisée » avec le temps dans le costume et le style.
Elles comportent quatre coplas fixes, toujours dans le même ordre, avec une structure établie de pas, de croisements et de careos. Contrairement au flamenco, qui se danse en solo, les sévillanes sont sociales : on les danse à deux ou en groupe.
Musicalement elles sont bien plus accessibles — une mesure ternaire simple, proche d'une valse rapide, bien plus facile à suivre qu'un cycle de 12 temps. C'est pourquoi elles s'apprennent en quelques mois et non en quelques années, et pourquoi ce sont elles qui remplissent les ferias.
Alors, laquelle apprendre ?
Cela dépend de ce que vous en attendez
Pour profiter d'une feria ou d'une romería en quelques mois, et participer au lieu de regarder : les sévillanes. En un trimestre vous aurez les premières coplas et vous vous en servirez.
Pour apprendre à danser — technique, compás, expression, quelque chose que vous travaillerez encore dans cinq ans : le flamenco. Plus lent, plus difficile, et il rend davantage.
Pour la voie académique complète, avec castagnettes et répertoire de scène, c'est la danse classique espagnole, qui repose généralement sur une base de danse classique.
Beaucoup de nos élèves font sévillanes et flamenco en parallèle. Ils ne se concurrencent pas ; chacun apprend ce que l'autre n'apprend pas.
Un mot sur la robe
Les pois ne sont pas le critère
La traje de flamenca, la robe à volants et à pois, se porte dans les ferias, surtout pour les sévillanes. Sur scène, le flamenco utilise plutôt la bata de cola, un mantón ou du noir uni. Ce n'est pas la robe qui vous dit quelle discipline vous regardez. C'est le compás.
